Une journée pour découvrir la terre…

Une bonne idée qu’a eu cette maman pour les fêtes : offrir à ses deux filles (et à elle-même) une journée découverte à la poterie d’Ard’huy.

Pour le premier contact avec la terre, nos trois apprenties potières façonnent un bol à partir d’une boule d’argile. On creuse, on étire, on presse, on redresse cette terre qui ne cherche qu’à s’écarter de l’objectif.

Deuxième technique : le colombin. Chacune part pour un nouveau bol. Les résultats s’avèrent parfois différents de l’objectif, mais les contenants auront leur place dans la cuisine.

Troisième technique : le travail à la plaque. Toutes choisissent de monter un plat à gratin. Pascale, la maman, est la plus ambitieuse. Elle souhaite un plat d’une taille suffisante pour nourrir toute la famille. Ses filles ne sont pas en reste. Les résultats sont plutôt réussis.

Les plats à gratin prennent forme

le plaisir de toucher la terre

Vers 13 heures, c’est la pause repas avec toute la famille du potier, enfants et petits-enfants ; c’est les vacances.

L’après-midi, on passe aux choses sérieuses : un premier apprentissage du tournage. Le potier montre les gestes de base : centrer, creuser, monter et enfin donner la forme. Le centrage est toujours un geste difficile pour les débutants. Après plusieurs essais et l’aide du potier, nos deux jeunes femmes sortent leur première œuvre du tour. Bravo les filles ! Il est plus de 19 heures, l’heure du nettoyage. Une journée bien remplie et qui, je l’espère, laissera des souvenirs et peut-être l’envie de continuer.

 

Pas facile le centrage

 

Bravo Bertille!

Il restera une séance d’émaillage (une heure ou deux pendant un week-end) lorsque les poteries sèches auront été dégourdies (cuites une premières fois à 950°). Elles seront fonctionnelles après la seconde cuisson à 1300°.

Je propose (à la demande) une journée pour découvrir plusieurs aspects du travail de la terre (6 heures minimum). Une bonne idée pour une activité en famille ou en petit groupe, un anniversaire, un cadeau, un enterrement de vie de jeune fille… Les occasions ne manquent pas. Comptez entre 120 et 200€ (tout compris, fournitures…) – l’émaillage et la cuisson sont en sus – pour un groupe entre 2 et 5 personnes maximum. Le repas peut être pris sur place (12€, boissons et café compris).

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Chawans, bols de thé, bols…

L’intérêt pour la céramique d’extrême-orient ne date pas d’aujourd’hui, mais depuis quelque temps, le mot chawan (cha:thé, wan:bol) est devenu très à la mode, peut-être en lien avec notre curiosité pour la cérémonie du thé.  Il ne désigne ni plus ni moins qu’un bol. L’objet qui donne sa forme au thé! Uniquement destiné au thé ? Je laisserai les spécialistes trancher. Plusieurs traditions se mêlent dans le chawan: chinoise, coréenne, japonaise… avec du vocabulaire, des influences, des techniques de façonnage, d’émaillage et de cuisson…  qui s’influencent les uns les autres. L’intérêt pour cette céramique extrême-orientale vient de culminer avec la vente d’un bol de la période Ming (XVème siècle) à plus de 32 millions de dollars (soit plus de 26 millions d’euros !) chez Sotheby’s.


bol cuit au bois, émail tenmoku


Je pense que cela va de pair avec le développement d’une nouvelle consommation du thé, privilégiant la qualité. La consommation du thé nécessite un apprentissage, une culture… comme en témoigne le développement des commerces spécialisés. La Maison des Trois Thés (place Monge à Paris) en est le plus prestigieux exemple, avec ses grands crus et plus de mille références de thés.


bol cuit au bois, émail magnésien


Mais ce qui m’émeut dans un bol va au-delà de mon admiration pour ces poteries extrême-orientales. Il y a quelques années, j’ai eu entre les mains un catalogue d’exposition qui présentait des objets de la période pré-pharaonique d’une région qui se situerait  dans l’actuel Soudan. Parmi les photographies: celle d’un bol, très beau, en terre cuite brute, tourné probablement sur un tour à pied très rudimentaire… il y a plus de 5000 ans. Pourquoi cette émotion? Evidemment, à cause de la beauté simple et  presque austère de l’objet. Mais aussi parce que j’ai imaginé le potier de l’époque fabriquant le bol: la même concentration dans les gestes, le même contact avec la terre, le même plaisir du feu…  qu’en ce qui me concerne. Mais cet homme, au delà de l’espace et des millénaires, c’était donc mon frère!


bol avec réserve


Le bol est donc un objet universel, dans le temps et dans l’espace. La légende raconte que le premier bol aurait été moulé sur un sein de Vénus. Pas étonnant qu’il y ait une sensualité particulière dans cet objet céramique. Un côté aussi maternel. Objet universel, parce que dans toutes les civilisations d’hier et d’aujourd’hui, il occupe une place dans le quotidien alimentaire et parfois dans le culte du sacré. Quel est le jour où nous n’utilisons pas un bol? Il peut prendre tant de formes: bol d’hiver qui se ferme, bol d’été qui s’ouvre. Même dans notre langage familier le bol a pris ses aises: un bol d’air, avoir du bol, ras le bol…


bol, émail shino sur roche


Enfin, le bol est un objet apaisant. Apaisant à modeler ou à tourner et à émailler. Je me souviens d’une phrase de Jean Linard, dans les années 70, lors d’une visite chez lui: « Tourner des bols, ça me repose. » Ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai compris sa réflexion. Apaisant aussi lorsqu’on s’en sert, qu’on le tient dans les mains, qu’on le porte aux lèvres… Un objet thérapeutique? Pourquoi pas. Un objet de convivialité. Certainement. On n’a pas fini de fabriquer et d’utiliser des bols. Ça me rassure. J’adore faire des bols et les sortir du four.


bol en porcelaine, émail aux cendres de résineux

Adieu Mich …

Micheline Eschenbrenner, une grande dame de la céramique, nous a quittés mercredi 17 janvier 2018.



Pendant plus de 40 ans, elle a accueilli de très nombreux stagiaires au Labouret (Saint Genest-Malifaux dans la Loire). Certains revenaient chaque année, conquis par ses qualités de pédagogue et  par l’ambiance chaleureuse, familiale et studieuse de ces stages. Ces moments de vie ont été des moments de bonheur pour beaucoup. C’était une grande dame du « vivre ensemble ».

Elle était originaire de Bar-le Duc. Après ses études aux beaux-arts, elle a enseigné quelque temps les arts plastiques. Puis elle a suivi son mari Philippe à Saint-Etienne. C’est là qu’elle participe à l’aventure des Ateliers Educatifs (aujourd’hui: Ateliers de la Rue Raisin) avec Marceline Studer et Suzanne Porcherot (Zouzou).

Je l’ai rencontrée à la maison de la culture de Firminy (Loire) à la fin des années soixante. Elle y animait un atelier « poterie » exceptionnel par son ambiance et sa diversité. S’y côtoyaient: un garagiste, deux instituteurs, un fils de pasteur, une ouvrière qui reprenait le travail à l’usine le lendemain matin à 5 heures, un couple de femmes un peu âgées qui se chamaillaient comme on se chamaille dans un vieux couple, une femme d’opticien… et moi-même, jeune étudiant qui découvrait le travail de la terre … Attentive à chacun, elle avait su (déjà!) donner vie et âme à un groupe d’une grande mixité sociale.

Pendant l’été 1969, elle apprend à tourner chez Norbert Pierlot à Ratilly. Pour elle, c’est une nouvelle aventure qui commence d’autant plus que toute la famille s’installe au Labouret, en pleine campagne, dans la commune de Saint-Genest Malifaux. Elle y installe son atelier et bientôt y organise des stages (avec l’association des Ateliers de la Rue Raisin) pendant l’été et certains week-end du printemps et de l’automne. Curieuse de nature, dans de nombreux domaines, elle nous a fait découvrir des mondes nouveaux.



Chez elle, nous avons construit successivement deux fours à bois: saluons sa capacité d’accueil (et de celle de toute sa famille) et l’aide précieuse de son mari Philippe, ingénieur. Deux belles aventures à l’origine de « l’Association du four à bois du Labouret ».



Nul n’oubliera: son enseignement plein de justesse et de bienveillance. Ce n’est pas seulement  la technique qu’elle enseignait, mais le regard sur la pièce, sur les courbes, l’épaule, la lèvre, le pied…

Comment oublier les repas animés, les soirées ( concerts, spectacle de magie avec Roland Petiot, majong… ), les cuissons du four à bois, les discussions autour d’un verre ou d’un bol de thé à la table de la cuisine… Avec elle, dès 1980, nous avons rencontré régulièrement Frère Daniel de Montmollin à Taizé ou au Labouret . On se souvient aussi des sorties dans des galeries et chez d’autres potiers.


Mich et frère Daniel de Montmollin


Il faudrait évoquer la qualité et la sensibilité de son oeuvre céramique (grès et porcelaine). Passionnée par la recherche dans le domaine de l’émail, elle avait à coeur de trouver celui qui se marierait le mieux avec la forme de la pièce. Peu encline à se mettre en avant et à faire la promotion de son travail, elle a été trop tardivement, à mon goût,  reconnue par la profession.  Elle avait cependant un réseau de collectionneurs fidèles et depuis quelques années, on retrouvait son travail dans des galeries et des manifestations de haut niveau.



Lundi 22 janvier, sa famille et ses amis se sont retrouvés en l’église de Saint-Genest Malifaux pour lui dire adieu au cours d’une cérémonie très émouvante.

 

Lendemain d’élections

J’ai l’intention de publier de temps à autre un billet d’humeur sur un sujet d’actualité. Je n’y prétendrai pas faire preuve d’une originalité ou d’une perspicacité hors du commun, mais comme tout humain, j’ai parfois besoin de m’affranchir de la communication ambiante ou de pousser un coup de gueule.

Alors, ces élections régionales ? Deux pistes de réflexions.


D’abord le Front National, évidemment. Je passe sur les points essentiels du programme. Fermer les frontières quand les échanges (humains et marchandises) depuis quelques années ont été multipliés par plus de vingt ! Imaginez le nombre de fonctionnaires nécessaires aux frontières : nous ne sommes ni la prison de la Corée du Nord ni une ile comme la Grande Bretagne. Je passe aussi sur la sortie de l’euro, comme si aujourd’hui changer de monnaie nous changerait en quoi que ce soit la vie. Mais non, nos problèmes ne viennent ni de la monnaie européenne — même si la Banque Européenne n’est pas exempte de tout reproche — ni des autres, mais de nous-même. Quels efforts pouvons-nous faire, nous, pour mieux vivre ensemble ? Quel homme politique courageux (churchilien ?) va nous entraîner à retrousser nos manches au lieu de nous promettre…

Mon interrogation porte plutôt sur la stratégie du FN. Dans une démocratie, même  avec des scrutins majoritaires à deux tours, un parti ou un groupe qui souhaite gouverner est contraint — et c’est bien comme ça, pour des tas de raisons dont on pourrait débattre — de s’allier à d’autres portant des idées ou des projets suffisamment proches. Ceci pour obtenir une majorité de gouvernement et surtout pour avoir une légitimité suffisante devant la nation. Or le FN ne cesse de fustiger l’UMPS et on ne le voit guère oeuvrer pour s’allier avec un parti conséquent. Dans ce cas là, sauf situation exceptionnelle improbable, comment compte-t-il faire ? C’est pour moi la leçon principale de son échec et de ceux qui vont suivre.


Ensuite, la Corse qui a élu une majorité relative régionalo-autono-indépendaniste dirigée par le leader autonomiste Gilles Simeoni. Je laisse les explications de ce vote aux spécialistes (le clientélisme, la mise en examen pour corruption de l’ancien patron de l’assemblée corse, Paul Giacobbi…). Mes interrogations sont plus générales. Je suis allé quelques fois en Corse, j’ai même vécu quelques jours chez un (ex) indépendantiste dans le maquis. Cependant, pour un Français du continent comme moi, la Corse reste un mystère, une énigme. Je ne comprends rien au jargon nationaliste de certaines factions (ex : les forces vives de la nation corse dont ils nous rebattent les oreilles, c’est quoi dans la réalité ? Et quelles sont les forces qui ne sont pas vives ?).

J’ai toujours le sentiment que leur discours convoque  des fantasmes, des chimères menaçantes, que la méchante France continentale leur en veut, les menace… de quoi? L’État français serait la cause de tous leurs maux alors qu’il est le garant du droit. Quel crime avait commis le préfet Erignac pour qu’on réclame aujourd’hui l’amnistie de son assassin ? Qu’est-ce qu’un prisonnier « politique » dans une république où la liberté d’expression est reconnue à tous ? A-t-on besoin d’être armé pour être un homme ? Le meurtre est-il un acte politique dans une république démocratique ? Et la nation corse, de qui serait-elle composée ? De ceux qui y sont nés (le droit du sol) ? De ceux qui y vivent (mais plus la moitié de ceux qui se considèrent corses vivent sur le continent) ? De ceux qui parlent corse ? A qui donnerait-on la carte d’identité corse et la carte d’électeur ?

Reste le rôle des femmes corses! Il ne vous a pas échappé que nous n’avons vu ni entendu aucune femme politique corse depuis des années, pas plus pour ces élections qu’en d’autres occasions. Y en a-t-il ? Où sont-elles ? Les cache-t-on ? Quelle est l’importance sociale et politique de cette moitié de la population ? Si j’étais corse, cela m’inquièterait. Machisme? Archaïsme? L’éducation qu’elles donnent à leurs fils est-elle en cause ? Ce pourrait être elles, les forces vives de la nation corse!

C’est un beau pays tout de même et les Corses, des citoyens souvent attachants. Ah ! S’ils pouvaient se libérer de leurs vieux démons et débattre sereinement et démocratiquement de leur avenir ! On le leur souhaite.

Si un Corse accepte de traduire correctement mon billet (en langue corse), je publierai volontiers la traduction à la suite du billet en français.