Adieu Mich …

Micheline Eschenbrenner, une grande dame de la céramique, nous a quittés mercredi 17 janvier 2018.



Pendant plus de 40 ans, elle a accueilli de très nombreux stagiaires au Labouret (Saint Genest-Malifaux dans la Loire). Certains revenaient chaque année, conquis par ses qualités de pédagogue et  par l’ambiance chaleureuse, familiale et studieuse de ces stages. Ces moments de vie ont été des moments de bonheur pour beaucoup. C’était une grande dame du « vivre ensemble ».

Elle était originaire de Bar-le Duc. Après ses études aux beaux-arts, elle a enseigné quelque temps les arts plastiques. Puis elle a suivi son mari Philippe à Saint-Etienne. C’est là qu’elle participe à l’aventure des Ateliers Educatifs (aujourd’hui: Ateliers de la Rue Raisin) avec Marceline Studer et Suzanne Porcherot (Zouzou).

Je l’ai rencontrée à la maison de la culture de Firminy (Loire) à la fin des années soixante. Elle y animait un atelier « poterie » exceptionnel par son ambiance et sa diversité. S’y côtoyaient: un garagiste, deux instituteurs, un fils de pasteur, une ouvrière qui reprenait le travail à l’usine le lendemain matin à 5 heures, un couple de femmes un peu âgées qui se chamaillaient comme on se chamaille dans un vieux couple, une femme d’opticien… et moi-même, jeune étudiant qui découvrait le travail de la terre … Attentive à chacun, elle avait su (déjà!) donner vie et âme à un groupe d’une grande mixité sociale.

Pendant l’été 1969, elle apprend à tourner chez Norbert Pierlot à Ratilly. Pour elle, c’est une nouvelle aventure qui commence d’autant plus que toute la famille s’installe au Labouret, en pleine campagne, dans la commune de Saint-Genest Malifaux. Elle y installe son atelier et bientôt y organise des stages (avec l’association des Ateliers de la Rue Raisin) pendant l’été et certains week-end du printemps et de l’automne. Curieuse de nature, dans de nombreux domaines, elle nous a fait découvrir des mondes nouveaux.



Chez elle, nous avons construit successivement deux fours à bois: saluons sa capacité d’accueil (et de celle de toute sa famille) et l’aide précieuse de son mari Philippe, ingénieur. Deux belles aventures à l’origine de « l’Association du four à bois du Labouret ».



Nul n’oubliera: son enseignement plein de justesse et de bienveillance. Ce n’est pas seulement  la technique qu’elle enseignait, mais le regard sur la pièce, sur les courbes, l’épaule, la lèvre, le pied…

Comment oublier les repas animés, les soirées ( concerts, spectacle de magie avec Roland Petiot, majong… ), les cuissons du four à bois, les discussions autour d’un verre ou d’un bol de thé à la table de la cuisine… Avec elle, dès 1980, nous avons rencontré régulièrement Frère Daniel de Montmollin à Taizé ou au Labouret . On se souvient aussi des sorties dans des galeries et chez d’autres potiers.


Mich et frère Daniel de Montmollin


Il faudrait évoquer la qualité et la sensibilité de son oeuvre céramique (grès et porcelaine). Passionnée par la recherche dans le domaine de l’émail, elle avait à coeur de trouver celui qui se marierait le mieux avec la forme de la pièce. Peu encline à se mettre en avant et à faire la promotion de son travail, elle a été trop tardivement, à mon goût,  reconnue par la profession.  Elle avait cependant un réseau de collectionneurs fidèles et depuis quelques années, on retrouvait son travail dans des galeries et des manifestations de haut niveau.



Lundi 22 janvier, sa famille et ses amis se sont retrouvés en l’église de Saint-Genest Malifaux pour lui dire adieu au cours d’une cérémonie très émouvante.

 

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Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte. (Pierre Soulages)

Quand on regarde les oeuvres de l’artiste: la lumière, le noir… on est touché. Et, pour un potier, cette limitation des moyens peut-elle être féconde?

Evidemment, dix mots ne peuvent ni tout résumer, ni tout englober. La maxime ne peut non plus convenir à toutes les démarches. Cependant,  elle me parle, à moi et sans doute à bien d’autres. Au début, on croit avoir besoin de nombreux matériaux, de multiples outils. On recopie nombre de recettes. On entasse moult choses diverses et … au bout de 35 ans d’activité, une grosse partie de ce dont on s’est embarrassé dort encore sous une couche de poussière. Peut-être (inconsciemment?) a-t-on cru que l’accumulation et la multiplication des produits, des matériaux,  des outils… ouvriraient de grandes fenêtres à l’expression.

C’est peut-être le contraire. L’utilisation du tour limite déjà les formes; la terre ne peut tout supporter. Le temps d’une pièce sur le tour est limité avant quelle ne s’affaisse. Les formes « tournent » nécessairement « autour » du cercle, de la sphère. Les lignes ne sont pas toutes permises mais le nombre de possibilités est infini. Depuis des millénaires les potier(e)s tournent des bols, presque tous différents; et ils n’ont pas encore épuisé le sujet. Et pourtant, quoi de plus simple qu’un bol?

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bol cuit au bois, émail magnésien

Quant à l’émail? Point n’est besoin d’une composition compliquée pour obtenir une glaçure intéressante sur un grès ou une porcelaine. C’est ce que nous apprend Daniel de Montmollin. C’est aussi le message que j’essaie de faire passer lors de mes stages d’initiation aux émaux hautes températures. Souvent, deux ou trois matériaux (roche ou cendre) peuvent suffire. Parfois même, un seul!

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assiette, émail à la cendre de résineux

Sur cette assiette, la composition de l’émail est très simple: cendre (100), silice (60) et feldspath (- de 10). Le résultat: des petites nucléations et des variations de couleurs dues à l’épaisseur inégale et à la présence de fer dans la cendre.

Bannière Hubert 9

Je renvoie aux pièces de Shoji Hamada ou de Bernard Leach qui pourraient abondamment illustrer le propos.