Cuire au bois.

Une expérience céramique multimillenaire. Le rêve de beaucoup de potiers? Il me semble qu’on assiste à un regain d’intérêt pour ce type de cuisson depuis quelques années.

Ma rencontre avec la cuisson au bois eut lieu chez Norbert Pierlot, à Ratilly, au cours d’un stage, en juillet 1970. J’avais réussi à glisser une pièce dans le four.  Je suis resté là jusqu’à ce que tombe la dernière montre, cône 9. Dans les années qui ont suivi, ce feu ne m’a plus quitté. Je savais qu’un jour, je cuirais au bois.



L’attente a duré une douzaine d’années. En 1982, J’ai pu installer un atelier, plutôt rustique. J’ai lu et relu B. Leach (Le livre du Potier) et D. Rhodes (Les Fours). J’ai opté pour un four chaînette, l’un des plus simples à construire. J’ai dû l’abandonner quatre ans plus tard; mais par la suite, j’ai participé à la construction de deux autres fours « hautes températures » chez Mich Eschenbrenner. J’y reviendrai dans un prochain billet: le four à bois du Labouret.



Un geste multimillénaire. Faire du feu! L’enfant réclame des allumettes pour allumer le papier qu’il a placé sous les brindilles et le bois disposé au dessus. Les feux de l’enfance et de l’adolescence. Le feu qui réchauffe, le feu qui éclaire, le feu qui cuit… mais qui peut aussi embraser et détruire. Comme l’écrit Bachelard: il brille au paradis, il brûle en enfer. Pour le potier, il y a eu la terre et l’eau. Le feu est la dernière étape, celle qui va révéler son travail, le magnifier comme l’annihiler.



Cuire au bois, c’est participer physiquement à la cuisson: préparer le bois, le ranger, l’enfourner. C’est un rapport direct avec le feu, les flammes, la fumée. Imaginez les cuiseurs des grands fours tunnels orientaux, plusieurs jour devant le brasier. Dans l’alandier, le feu est plutôt violent. A l’intérieur du four, telle qu’on peut la voir par les regards, la flamme enveloppe les pots avec douceur. Elle transforme d’abord le tesson puis l’émail. La flamme de rouge cerise passe à l’orange puis au jaune. Les émaux se mettent à briller. La fin de la cuisson approche. On ouvre les regards de plus en plus souvent pour surveiller les montres…



Un four à bois: un espace de silence, mais aussi un lieu de rencontre et de convivialité. Il m’est arrivé de cuire seul, à deux ou en groupe. Dans tous les cas, il est des longs moments de silence. Le matin, à l’aube, après l’allumage, l’activité est réduite. C’est un temps pour la nature environnante: la lumière, le vent, parfois la pluie, les bruits, les oiseaux … Ensuite, les mains s’occupent et c’est le temps de la pensée et du rêve. Les soucis de la vie, les amours, les projets… Mais le bruit sourd du feu, cette vie à l’intérieur, invisible et si proche, nous ramènent à nos pots. Tout est encore possible. On craint parfois le pire mais on imagine aussi le meilleur et, pourquoi pas, quelques petits miracles que ce diable de feu … On rêve…

Evidemment c’est aussi un lieu de rencontre et de partage. Il est assez rare que l’on cuise seul. Le four agit comme un aimant. On y retrouve les amis, les anciens et les nouveaux. On se relaie à l’enfournement. On mange et on boit ce que chacun a apporté, – toujours trop, on va en garder pour ce soir -. On diverge parfois sur les mesures à prendre: réduire plus ou moins longtemps, débraiser ou ralentir la cadence, ouvrir ou fermer les arrivées d’air… On reprend les notes des fours précédents. On surveille l’indicateur de températures. On ouvre tour à tour le regard du haut, celui du bas, pour voir où en sont les montres. Et pourquoi la 1260 du bas ne bouge pas? Mais le feu a son rythme propre dont on ne maîtrise pas tous les paramètres, en particulier la météo. Si le four a déjà fait ses preuves, la dernière montre finit toujours par tomber. On a préparé la mixture (coulis, cendre…). On bouche toutes les entrées d’air et on le laisse se reposer et refroidir.

De retour à la maison: Comme tu sens la fumée! Mets tout ça dans la machine. Le feu, lui, il brûle encore à l’intérieur. Dans quelques jours, on ouvrira la boite aux trésors…

Des fours à bois, il en existe une grande diversité. Dans leur fonction d’abord: pour de la terre vernissée, du raku, ou de la haute température? Dans leur construction ensuite: tirage direct, flamme renversée, four tunnel… Dans certains, les poteries sont à l’abri de la flamme, dans d’autres, au contraire, on en recherche le contact. Il ne s’agissait pas ici d’établir une fiche technique. Vous trouverez des indications dans les livres déjà cités. Je voudrais juste ajouter deux ouvrages faciles à lire: La poterie de Daniel de Montmollin (en particulier le chapitre 5: Le feu) et surtout Paroles de feu. Les fours à bois en France. Dans ce dernier, on trouve les descriptions et les plans précis de divers fours à bois construits par des potiers français.

Une réflexion sur “Cuire au bois.

  1. Pingback: Je partage avec vous cet article car j’ai aimé l’expérience de ce potier qui a réalisé une cuisson au bois , toute une aventure !Cuire au bois. — Le potier d’Ard’huy —————————————— The potter from

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