Les poteries ont un prix…

Oui, mais lequel ? Cette question, tous les artisans d’art se la posent. J’aimerais parfois savoir comment ils y répondent.

 

assiettes au soleil, émaux divers, entre 25 et 30€ l’assiette

 


 

Les artisans menuisiers, plombiers, maçons…établissent un devis en calculant le coût des heures passées, le prix des matériaux utilisés, l’amortissement des investissements…Ils surveillent les prix des concurrents  et doivent parfois tenir compte des capacités financières de leur clientèle.


 

assiettes blanches, émail blanc magnésien, 28€ l’assiette rectangulaire, 22€ l’assiette creuse.

 


Et les potiers? Ils travaillent avec ces mêmes contraintes mais ils ont plus de difficultés à fixer leurs prix. Certains clients trouvent mes prix élevés et certains de mes proches, qui connaissent bien mon activité, les trouvent trop bas.


 

Plat à gratin, émail à la cendre sur roche (marne),38€

 


Objectivement, les prix de la plupart des poteries et céramiques artisanales sont trop bas. Les miens ne faillissent pas à la règle. Combien de potiers travaillent en gagnant le SMIC horaire ?

On peut énumérer, dans le désordre, plusieurs raisons:

  • le temps passé dans la recherche est très important mais reste cependant invisible pour le public peu averti. J’ai dans des cartons des centaines (probablement des milliers) d’essais d’émaux. Chacun de ces essais m’a demandé la fabrication de  » la tuile « , plusieurs pesées au dixième ou au centième de gramme, un ou deux tamisages et les cuissons. Je ne les vends pas. Moins d’un sur dix fera l’objet d’un essai sur une vraie pièce. Lequel,au final, ne sera peut-être pas concluant !
  • Il en est de même pour le temps passé dans la recherche des matériaux : roches de carrière, cendres diverses. Nous, chercheurs d’émaux, aimons ramasser les fines produites dans les carrières qui concassent les graves et autres destinées aux travaux publics et routiers. Il faut ensuite les tamiser…
  • Les pertes: dans une production où l’on cherche le renouvellement, le résultat n’est jamais garanti et les déceptions sont nombreuses.
  • Les nombreuses manipulations:préparation de la terre, tournage, tournassage, cuisson de dégourdi à 960°, émaillage, cuisson d’émail à 1300°…
  • Les modes de cuisson. Une cuisson au bois, c’est au moins trois jours de travail et parfois une nuit complète à charger du bois (sans compter la préparation du bois). Si c’est parfois beaucoup de transpiration, c’est aussi beaucoup de plaisir. J’y reviendrai dans un prochain billet. Ces pièces seront donc vendues plus chères, d’autant qu’elles sont souvent plus « vivantes » que des pièces cuites au gaz et à plus forte raison que celles cuites à l’électricité. Exemple: le même bol sera vendu 18€, cuit au gaz et plus de 30€, cuit au bois (à condition que le résultat justifie ces prix).

     

    boite cuite au bois, émail blanc magnésien, 44€

     


Alors, comment faire?

Pour ce qui me concerne, c’est d’abord le résultat qui va déterminer le prix. Si le pièce me plaît, je n’hésiterai pas à relever son prix par rapport à ses voisines, quitte à la conserver plus longtemps. A l’inverse, je préfère laisser partir à prix moindre des pièces qui m’intéressent moins.

La capacité financière du client est à prendre en compte. Sur un marché de potiers, il est difficile de proposer les mêmes prix que dans une galerie, sur un marché en Suisse ou en Bretagne…  A domicile, il m’arrive de faire une remise ou d’offrir une pièce en plus si les achats sont conséquents.

Reste la proportionnalité entre le temps de travail (ou sa difficulté) et le prix. Un exemple: la théière. Elle nécessite pas mal de travail: le corps principal, le couvercle, le bec, l’anse… Je répète souvent que tourner simplement le couvercle me prends plus de temps que tourner une plat à gratin. Cependant je vendrai cette théière  à peine deux fois le prix d’un plat à gratin. Sans doute, ai- je tort. Mais le résultat est là: les clients regardent les théières et achètent les plats à gratin.


 

Intérieur d’un bol cuit au bois, 34€.

 


 

Les écarts de prix entre les potiers témoignent de la difficulté à fixer un prix « juste ». Je viens encore de le remarquer à Lyon aux Tupiniers (un des plus grands marchés français consacrés à la céramique ). Sur des pièces relativement équivalentes, les écarts peuvent être conséquents.

 


 

bol gris, shino sur roche,18€

 


 

Evidemment, faisons de la pédagogie; expliquons  et montrons notre travail au public. Nous sommes des acteurs du self-made et du slow-made tant à la mode aujourd’hui. Nous produisons généralement des pièces uniques. Et surtout, nous participons à la qualité de l’environnement quotidien de ceux qui nous font confiance.

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