stage d’initiation aux émaux haute température

Ils sont trois à rejoindre Ard’huy (43200 Yssingeaux) ce lundi 30 novembre: Annie, Adélaïde et Olivier. Tous trois motivés pour une semaine de travail et de recherche sur les émaux hautes températures.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le lundi matin, je commence par une présentation des objectifs. Puis je dépose sur la table les minéraux de base nécessaires pour fabriquer ses premiers émaux: feldspath, silice, chaux, kaolin, talc, oxyde de fer.Avec tout cela, on peut déjà faire pas mal de choses; encore faut-il savoir les associer. Je précise la place de chacun sur le tableau tripartite et l’importance de ce dernier dans la compréhension:

oxydes basiques – amphotères – oxyde acide.


Du triangle au calcul moléculaire


Premier exercice pratique: une recherche en triangle où l’on fait varier trois éléments. Premier exemple: wollastonite, feldspath et ocre. Chacun trouve sa place: pesée, mélange… les essais s’alignent. On passe ensuite au diopside pour pouvoir distinguer la différence entre chaux et magnésie. Puis on testera, toujours avec la même méthode empirique du triangle, une cendre de bois dur et une cendre de résineux

Mercredi en fin d’après-midi, c’est l’enfournement. Les essais prennent place avec mes pièces et celles de l’atelier du lundi à Yssingeaux.Le jeudi est consacré à la cuisson. Lors de temps libres, Adélaïde s’essaie au tournage tandis qu’Olivier monte quelques pièces sur le second tour.triangle wollastonite

Une série d’essais où nous avons fait varier wollastonite, feldspath et ocre.


Les deux derniers jours sont consacrés au calcul moléculaire. Un premier temps d’explication, un second pour des premiers calculs et un troisième pour des essais. Nous avons choisi un diagramme classique: le 33 (cf: Pratique des émaux de grès de Daniel de Montmollin) . En faisant varier tour à tour l’alumine, la silice et l’oxyde de fer, nous espérons nous approcher d’un céladon et d’un tenmoku.


Une belle rencontre studieuse et détendue.


Cette semaine fut l’occasion de discussions autour de l’émail et de bien d’autres sujets. Je les remercie tous les trois pour leur attention, leur bonne humeur et le sérieux du travail accompli. Nous avons produit plus de 150 essais. Parmi eux, chacun trouvera déjà de quoi émailler des pièces et j’espère que ce sera le début pour tous d’un travail fécond de recherche.

Je remercie Monique pour ses repas qui ont contribué largement à la bonne ambiance de la semaine.


J’anime donc, à la demande, des stages pour s’initier au tournage et/ou à la fabrication d’émaux haute température. L’objectif du stage émail est de produire des émaux personnels, bon marché, avec un nombre très limité de matériaux (roches et cendres) et en même temps de s’initier à des méthodes efficaces de recherche avec lesquelles on pourra progresser. Si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à me contacter.

Il est aussi possible de combiner tournage (le matin) et émail (l’aprés-midi).

Voir les conditions sur mon site: http://www.poterie-ardhuy.fr/stages.php

N’hésitez pas à me contacter par mail ou par téléphone.

Les prochains stages pourront avoir lieu entre le 1er octobre et le 10 novembre 2018 (exceptée la semaine 44, entre le 29 octobre et le 4 novembre). Un stage possible pendant la dernière quinzaine d’août ?

Un stage (émail) est programmé du samedi 6 octobre au vendredi 12 octobre. Il reste des places.

Publicités

Défense et illustration de la poterie

Voilà une des ambitions de ce blog ! Je serai évidemment plus modeste que Joachim du Bellay* ne l’était en 1549 pour la promotion de la langue française. Je pense que le potier d’aujourd’hui a quelque chose à montrer. Les pièces qu’il  produit ont leur place dans notre environnement. Des poteries utiles et ce n’est pas un gros mot. Utiles au sens premier : on y boit, on y mange, on y dispose des fleurs… Utiles surtout à vivre : le plaisir de les voir, de les toucher est une sorte de poésie concrète du quotidien. On échappe à la standardisation, au design d’Ikea (qui a ses qualités), à l’impersonnel qui nous environne…

Potier et pourquoi pas céramiste ? J’ai de la peine à comprendre le succès de ce dernier terme quand il s’agit de poterie. Est-ce pour se démarquer du premier qui serait trop attaché à la tradition, trop lié à l’utilitaire (le vilain mot !), dépassé, bref ringard ? Potier, je vois ce dont il s’agit. Céramiste — de keramos, argile en grec —  aurait une connotation plus artistique et plus contemporaine ? Soit ! Les fabricants de tuiles ou de briques sont aussi des céramistes et parfois, à leur façon, des artistes de notre environnement.

Être potier, c’est apporter de l’humain, du plaisir, de l’utile et peut-être un peu de beauté dans notre quotidien. Pour le potier, c’est aussi, au milieu de multiples difficultés, le plaisir de fabriquer des objets personnels qui transpirent un peu de lui-même. Peut-être s’agit-il aussi de guérir de blessures ou de vivre autre chose. Rappelons la phrase abrupte de Ben Lisa, un potier catalan : « la vie est une maladie dont la poterie est une des thérapies ». Alors, que vive la poterie !

*Joachim du Bellay est un poète du XVIe siècle qui a écrit un manifeste en faveur de la langue française : Défense et illustration de la langue française.


DEFENSE AND ILLUSTRATION
OF POTTERY

Here is one of this blog’s ambitions! I will of course be more modest than Joachim du Bellay* who promoted the use of the French language over Latin in 1549. I believe today’s potter has something to demonstrate. What he makes holds a special place in our environment. Useful vessels and pots. And that’s no curse word. « Useful » in its primary sense: They can be used to drink, eat, put flowers… And especially useful to life: The pleasure of seeing and touching them is somewhat a concrete poetry of everyday life. One escapes from standardized things, Ikea designs (which also have qualities), and a sense of « impersonal » that surrounds us…

Why potter and not ceramicist? I have a hard time understanding the popularity of the latter when it comes to pottery. Does it strive to distance itself from the former, maybe too tied to tradition, too related to the idea of « utilitarian » (oh what an awful word!), old-fashioned, in short, antiquated? « Potter », I see what that means. « Ceramicist » — from the Greek keramos meaning « clay » — might have a more artistic and contemporary connotation? So be it! Those who make tiles and bricks are also ceramicists and sometimes, in their own way, artists of our environment.

To be a potter means to bring humanity, pleasure, usefulness and maybe a little beauty into our daily lives. For the potter himself, it also means, amongst many difficulties, finding pleasure in making personal objects that bare a little bit of himself. It might also be a way to heal some of one’s wounds or to have a different life experience. Let’s remember Catalan potter Ben Lisa’s abrupt sentence: « Life is a sickness and pottery is one therapy ». Long live pottery!

*Joachim du Bellay was a 16th century French poet, known for having written a famous manifesto in favor of the French language vs. Latin: Défense et illustration de la langue française, (Defense and Illustration of the French Language).